La Traduction

Philippe Golay: Publié le jeudi 4 avril 2014.

Tout grand écrivain, qui perçoit l’humanité d’un point de vue qualitatif et non quantitatif, recréée constamment le mot en ne l’utilisant pas dans son sens habituel alors que le lecteur révèle une aptitude à l’interprétation qui lui vient d’avoir véhiculé depuis longtemps ce mot dans son esprit.

Cependant, la langue, quant à elle, comporte toujours une frontière. Elle se propage dans les limites qui varient selon la syntaxe, le vocabulaire, les influences, l’ouverture ou la fermeture au monde où elle est utilisée. Il peut arriver qu’elle se transforme en geôle pour l’écrivain qui se retrouve en situation de faire une description de la souffrance qu’il éprouve. Ce faisant, il doit parfois sacrifier l’essence du sentiment qui se révèle trop abstrait.

Ce que nous ressentons, nous ne pouvons le penser que dans la langue. Celle-ci s’avère êtreà la fois le maître et le serviteur de la pensée et elle poursuit son existence en tant qu’énigme à double inconnu. Pourtant la TRADUCTION est un flux, elle est l’infinité même. Une langue a beau être morte, quand on la traduit, il y a forcément une autre langue qui ressuscite. Dès que l’on commence à écrire, on sent secrètement que chaque mot qui surgit est la traduction de sentiments profonds, qu’il est une TRADUCTION d’un point de vue ontologique et quel imaginaire de la langue maternelle dans laquelle on raisonne peut parcourir le monde sous une lumière induite par les autres langues.

Philippe Golay