La traduction économique et financière, piège ou Eldorado ?

Au-delà de ce titre un peu provocateur, le propos est de Dominique Jonckers est de remettre le métier de traducteur en perspective. Bien qu’il enfonce quelques portes pouvant être perçues comme grandes ouvertes depuis fort longtemps, la répétition demeure, comme chacun sait, la mère de la connaissance…

Le traducteur et sa zone de chalandise

Dominique Jonckers est né « entré en traduction » en 1992. À cette époque, le PC avait dejà remplacé la machine IBM à boules et la disquette, le Tipp-Ex. Partout dans le monde, les sociétés de courrier express transportaient originaux et disquettes dans tous les sens. Un texte urgent devait être relu le matin, traduit pendant la joumée, et renvoyé le soir.

Internet existait dejà mais sa diffusion hyperconfidentielle faisait des « autoroutes de l’information » un rêve d’étudiant boutonneux.

La clientèle d’un traducteur relevait donc necessairement d’une donnée géographique simplissime : son rayon d’action commerciale, sa zone de chalandise, au même titre que le centre commercial du quartier : l’équivalent d’une heure ou deux de transport.

La révolution Internet

Depuis Internet, cette limite n’a plus cours. Le monde entier est virtuellement à notre portée. Dès lors que la distance ou le lieu d’implantation ne jouent plus de rôle dans notre métier. C’est le métier lui-même qui a changé.

Par définition et par nécessite, le traducteur pré-Intemet était souvent un généraliste ; il traduisait ce que lui apportait sa clientèle locale : un peu de botanique un jour, un peu de texte bancaire le lendemain, un peu de médecine le surlendemain. Avec l’ère Internet, tout change : le client trouve son traducteur là ou cela lui convient, et le traducteur peut se spécialiser de maniere à servir les clients qu’il souhaite là où ceux-ci se trouvent.

Spécialisation, véritable enjeu des années à venir

Maintenant que les distances ne handicapent plus ni le traducteur ni le client, la notion de spécialisation prend de l’ampleur. Les traducteurs commencent à vendre leurs services à l’international, se rencontrent au-delà des frontieres, quotidiennement, via des forums de discussion. L’abolition des distances fait évoluer la concurrence, qui s’accentue sur les segments de marché peu specialisés.

Dès lors, c’est toute l’approche commerciale qui change. Le marché se professionnalise. Le traducteur n’est plus un artisan du mot, mais un professionnel de la communication, doublé d’un specialiste  « matière » : Médecine, sciences, ingenierie, histoire, tourisme, … économie et finances…

La traduction économique et financière

Celui-ci se caractérise par sa saisonnalité (rapports annuels, essentiellement en debut d’année, etc.), mais aussi par l’impact essentiel de certaines decisions d’ordre politique, qui peuvent entraîner de gigantesques chantiers. Ainsi, l’introduction des normes comptables Internationales (IAS ) et des normes internationales d’information financière (IFRS) aura au cours des trois ou quatre prochaines années de lourdes implications en termes de volume de travail et de complexité des textes.

Bien évidemment, l’éclatement de la bulle boursière de la fin de la décennie écoulée a entraîné la disparition de volumes éleves de textes dont la diffusion ne s’imposait plus, de même que la disparition de budgets « communication » importants compte tenu des réductions de coûts entamées tous azimuts.

Comment se spécialiser ?

Les outils disponibles sont légion:

– retoumer à l’ecole;

– participer à des formations organisées par le secteur financier ; lire la presse specialisée;

– s’inscrire a une chambre de commerce et d’industrie et participer à ses activités;

« learn by doing » : traduire des textes financiers – quitte a les faire relire par des collègues plus specialisés ou expérimentés, etc… et tout cela, tant dans la langue source comme dans la langue cible.

Objectif : améliorer autant que possible votre compréhension des mécanismes économiques et vos connaissance terminologiques.

L’erreur à éviter consiste surtout à faire trop confiance aux dictionnaires. Trop souvent, le contexte peut modifier du tout au tout le sens d’une phrase, et le dictionnaire ne vous sera d’aucune utilité.

Combien de fois, sur le Forum des traducteurs financiers, un collègue ne demande-t-il pas comment traduire « tel mot». Et la réponse sonne tout aussi regulierement:

« Dans quel contexte ? ».

Comprendre les mécanismes avant les mots

Je place presque à l’opposé de la recherche terminologique, la compréhension des mécanismes économiques et financiers. Elle seule, permet au traducteur de traduire sans détourner le sens du texte de détecter les erreurs de fond, d’opérer, parmi les differentes traductions possibles d’une expression donnée, le choix de l’expression la plus adéquate d’après le contexte.

La spécialisation, première  étape vers l’Eldorado ? II est clair que la délicate question de la rémuneration est directement liée à la valeur ajoutée du traducteur. Un traducteur specialisé peut donc prétendre à une rémuneration plus généreuse que son voisin. L’Eldorado est ainsi à sa portée. Mais peut-être est-ce un piege ? En effet, ce supplément de coût pour le client doit correspondre a un « differentiel de qualité » appréciable.

Le grand mot est lâché : Qualité.

Mais quelle qualité ?  Comment donc mesurer la qualité d’une traduction ? De grands esprits ont propos leur definition ; à chacun la sienne. J’ai, comme chacun d’entre nous, ma petite definition personnelle, ou plutot mon ambition.

Qualité et qualité

II s’agit avant tout:

– de restituer le sens exact.

– d’utiliser le jargon adéquat.

– d’adopter un ton et un style reconnaissable pour le client comme étant « de son monde ».

– de détecter les erreurs, les contresens, les ambiguïtés dans l’original; d’interpeller et d’interroger le client, de lui livrer non pas une traduction, mais bien un nouvel original dans une nouvelle langue.

Cela signifie qu’il faut comprendre les raccourcis, les présupposés, la marque de l’inconscient collectif dans lequel baigne l’auteur et qu’il estime connu du lecteur et, à fortiori, du traducteur…

Mais là ne s’arrête pas l’exercice.

II n’y a pas que la qualite de la traduction, il y a aussi celle du service.

Cette qualité du service (disponibilité, inventivité, sourire , … ) peut prendre de nombreuses formes, et impose de considérer attentivement l’aspect commercial du métier de traducteur. Une « piqûre de rappel » en marketing est parfois nécessaire, de sorte que le traducteur se comporte en partenaire de son client.

Pour aider le traducteur a choisir s’il souhaite se spécialiser, et si oui, dans quel sens, il existe des outils utiles, et en particulier l’analyse SWOT.

L’analyse SWOT

SWOT : Strengths – Weaknesses ; Opportunities – Threats.

Je ne connais pas d’équivalent français de cet acronyme typiquement américain. C’est un outil d’aide à la décision qui établit, en deux axes simples, la synthèse d’une décision à prendre. Bien évidemment, il y a lieu de préferer les solutions qui combinent un maximum d’opportunités et d’atours par opposition a celles qui se caractérisent surtout par des perils et des faiblesses… Je considère cet outil comme un tuteur pour la réflexion.

En mettant le doigt sur les périls et les faiblesses, il montre ce qu’il y a lieu d’améliorer. Et dans mon experience, les points susceptibles d’amélioration sont essentiellement de deux ordres : flexibilite commerciale et spé-cia-li-sa-tion.

Conclusion

Nombreux sont les traducteurs qui se plaignent des dures conditions de concurrence dans lesquelles ils travaillent. Le marché serait en pleine contraction, les prix à la baisse, la concurrence accrue, les agences trop avides, etc…

A ces collègues désillusionnés, je n’ai qu’une suggestion à formuler : Sortez de l’ornière !

Améliorez votre formation ! Profilez-vous sur le marché !

Faites valoir les caracteristiques essentielles grâce auxquelles vous sortez du lot ! Ne considérez pas le prix comme I’argument marketing suprême, voire unique. Au contraire, faites comprendre a votre client que le prix payé est le resultat naturel de la qualité que vous offrez.

Spécialisez-vous !

Spécialisez-vous !  

Spécialisez-vous !

Bonne chance à tous !