Le traducteur-veilleur ou traduction et veille multilingue

Il arrive encore parfois que le métier de traducteur, sauf exception de sa maîtrise des nouvelles technologies de traduction, soit considéré comme n’ayant pas connu de changements majeurs et qu’il reste un métier  artisanal qui n’a pas évolué depuis le fond des siècles.

C’est un tort, car de nouveaux secteurs d’activités sont apparus depuis une quinzaine d’années dans lesquels le traducteur tient une place centrale, proche de la veille multilingue, ceci de manière à veiller sur l’image de marque de l’entreprise dans le monde.

Pour les grands groupes, la « veille multilingue »  est une expression générique qui englobe plusieurs types de veilles spécifiques, telles que la veille  technologique, la veille scientifique ou la veille juridique. Elle englobe également les techniques de recherche documentaire et de traitement de l’information en plusieurs langues. Cette veille  est considérée comme « stratégique » parce qu’elle permet à une entreprise ou à une organisation de se mettre à l’écoute de son environnement mondialisé pour prendre les décisions adéquates et agir de façon ciblée pour la réalisation de ses objectifs.

À ce titre, après avoir été longtemps cantonné dans des activités linguistiques, le traducteur est de plus en plus sollicité pour intervenir en amont du processus de traduction afin de prendre part – voire de mener intégralement – aux activités de recherche et de sélection de l’information pertinente pour la traduction. Il devient à la fois la « source » et la « cible » de son activité. Il est également sollicité pour le suivi informationnel « veille  technologique » concernant la mise à jour du contenu des sites internet multilingues et de la documentation technique des entreprises en langues étrangères. Ainsi, il contribue à l’actualisation de la communication, mais il participe également au processus de décision au sein des entreprises en devenant expert de la recherche documentaire multilingue, constituant elle-même une aide à la décision stratégique.

À elle seule, la veille stratégique met en évidence certaines orientations prometteuses de la profession dans le domaine de la traduction générale et spécialisée. D’un côté, la recherche documentaire multilingue constitue un volet essentiel de l’activité des traducteurs et de l’autre, elle appelle à une mise point de ces nouveaux horizons qui s’ouvrent progressivement aux traducteurs pour la valorisation de leur métier.

L’activité sociale, la politique, la législation, la technique, l’environnement sont des domaines dans lesquels il existe des fonctions clairement existantes et identifiées au sein d’entreprises françaises et américaines, ce qui revient à des formations  relatives à ces spécialisations. Cela signifie que le traducteur, même généraliste peut y trouver sa place. Il doit seulement réfléchir en amont à la question de son apport spécifique par rapport à ces domaines : les traducteurs ont-ils réellement leur place dans cette activité ? S’agit-il de cas exceptionnels, des « cas » qui ont réussi à convaincre les recruteurs qu’ils avaient une compétence extra-langagière, inexistante chez les autres traducteurs ? Qu’apporte réellement le traducteur dans le domaine de la veille ? En quoi sa contribution est-elle utile ? En quoi constitue-t-il un plus pour l’entreprise  ou  l’organisme qui lui confie son activité de veille ?

Aujourd’hui le domaine des institutions financières liées au marché des changes est un secteur qui est très lucratif, cependant aucune formation de traduction relative à ce marché n’est encore dispensée… mais ceci ne saurait tarder.

 

 

Source : Revue Traduire 215.