Traduire sur l’environnement!

 

 

La parole, un acte de comportement responsable à l’égard de l’environnement!

Les sciences de l’environnement et les professions langagières recouvrent toutes deux le champ d’action de l’activité humaine. Ces deux domaines constituent de véritables « écosystèmes » qui, s’ils sont régis par leurs propres lois, tirent leur substance d’une multitude d’autres domaines et partagent la même finalité d’une vie en société saine, éthique et intelligente.

Transversalité et interdisciplinarité en sont des principes de fonctionnement communs, qui tout en faisant appel à une certaine souplesse intellectuelle, exigent aussi rigueur et vigilance pour éviter la dangerosité d’un véritable « flou holistique ».

L’enjeu de la pratique langagière dans le domaine de l’environnement est de taille. Il s’agit non seulement de comprendre et de traduire des notions et des processus scientifiques très pointus dans une large diversité de domaines, mais également de trouver les mots justes dans un foisonnement de nouvelles réalités pour lesquelles la terminologie est encore instable. D’où la difficulté pour un langagier de se « spécialiser » dans ce domaine particulier qui est l’environnement. C’est là que les compétences transversales du langagier prennent toute leur valeur. Comme le souligne Claude Jean, spécialiste de l’éducation plurilingue des langues, seul un esprit scientifique bien formé peut guider le langagier à travers les divers champs sémantiques et disciplinaires de l’environnement.

Le dialogue interdisciplinaire est aussi un aspect essentiel et commun au développement durable et à la pratique langagière. Il est indispensable d’en esquisser les possibilités et les limites. De « néologie » à « néopathie », il n’y a qu’un pas. Ce sont des exercices de haute voltige qu’il nous faut parfois faire pour assimiler des compromis nécessaires entre théorie et pratique. Fort heureusement, l’écosystème langagier repose sur une solide dynamique de recherche et de création terminologiques.

À l’instar d’un système d’assainissement des eaux, l’écosystème langagier filtre le langage aux cribles de la norme et de l’usage pour en épurer et en stabiliser le sens. A cet égard, nous devons souligner le rôle de premier plan que joue l’Office québécois de la langue française dans le développement terminologique à l’échelle internationale, ceci en se basant sur de multiples sources.

En effet, à la lecture des nombreux écrits relatifs à cette problématique, nous ne pouvons que remarquer que plusieurs auteurs ont opté pour la nouvelle orthographe. En attendant que celle-ci devienne plus courante, nous préférons concilier norme et usage en respectant la règle orthographique adoptée par chacun des auteurs. Le « développement durable » suppose le respect de principes écologiques et des obligations éthiques de la responsabilité sociale. La pratique langagière, elle, suppose le respect de principes linguistiques et des obligations éthiques de la communication humaine. Si nous les exerçons la plupart du temps dans l’isolement, nos professions revêtent néanmoins un caractère « organique » qui nous lie à une éthique commune.

A ce titre, le fait de s’associer à l’Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (l’OTTIAC) et à l’Association suisse des traducteurs, terminologues et interprètes (l’ASTTI) est l’une des manifestations concrètes de ce souci éthique; elle nous permet de nous éclairer sur divers aspects de notre pratique professionnelle et de nous tenir informé sur les outils et méthodes les plus récents. Un bel exemple de « responsabilité sociale » !

Philippe Golay

Source : revue « Circuit » : Traduire l’environnement